Pâques à Séderon

  C'est après en avoir parlé avec François Tort qui m'a aimablement appelé et transmis son enthousiasme après la découverte du blog, que je me suis dit que Séderon devait être raconté. Les souvenirs que j'en ai ont été confortés par François qui rajoute les siens.

  D'autant plus qu'au mois de mai 2016, ayant rencontré Gilbert Astay chez lui à l'occasion de la remise des photos par Ralph Beisson, j'avais fait allusion à Séderon et Gilbert s'était exclamé : —Ah! tu y étais? On en a entendu parler!

 

  Mais que s'est-il donc passé à Séderon?

 

  Je ne sais pas s'il y avait seulement les Vétérans, mais nous nous étions retrouvés dans le petit village de Revest-du- Bion durant les vacances de Pâques. Ce devait être en 1962, Bertrand Blanche faisait office de moniteur responsable des individus intenables que nous étions.

  Revest-du-Bion se situe un peu à l'est du Mont Ventoux, dans les Alpes-de- Haute-Provence, autrefois les Basses-Alpes. Tous les noms de départements qui comportait les mots "basse" ou "inférieure" (Seine-Inférieure par ex.) ont été renommés, ces mots pouvant ou ayant pris des connotations péjoratives donnant lieu à des quolibets forts désagréables pour leurs habitants. Personnellement, je trouvais cela moins emmerdant que d'habiter Les Crottes, que nous avons bien connu lors de nos séjours à Baratier!

  Une journée plus tard, au petit matin, je me rappelle être allé me laver, avec Jean Raynal, à une espèce de fontaine d'où sortait une eau fraîche et limpide, un peu à l'écart du village. L'eau à moins de 10°! Un petit coup sur la joue gauche, un petit coup sur la joue droite, quelques gouttes sur le front, et nous voilà instantanément propres, prêts à affronter la journée.

  Un peu plus tard, nous nous sommes rendus à l'épicerie du village pour nous procurer, je pense, des cigarettes, et des cochonneries pour les non-fumeurs qui n'étaient pas légion à l'époque.

 

  Et puis il y a eu ce fameux déplacement à Séderon. Jean Raynal a dû suivre, François Tort était de la partie ainsi que son cousin René Procnard, qui venait de Lyon. Ce dernier, sous des dehors innocents, était en réalité un boute en train et un grand farceur.

  Tout d'abord il nous avait appris, dans la grande salle où nous logions temporairement (probablement une salle de la paroisse), le rock and roll, au rythme et au son de "Rock around the clock"! On suivait bien ses directives et je dois dire que cela nous a (à moi en tous cas) bien servi dans nos exhibitions futures lors des bals ou des soirées dansantes.

 

  Ensuite il nous a entraîné dans les appels aux commerçants. A sa décharge, nous l'avons suivi sans protester et même avec une attitude impatiente et malicieuse.

  Le truc consistait à se rendre à une cabine téléphonique (petit édicule qui se reproduisait un peu partout; cette espèce menacée par l'apparition du portable a aujourd'hui disparu), et à consulter l'annuaire du village pour y trouver les commerçants. L'anecdote que m'a racontée François correspond mot pour mot à ce dont je me souviens.

 

  Appelons d'abord le boucher (ou la bouchère):

 

—Bonjour, est-ce que vous avez des pieds de veau (ou de cochon)?

 

—Oui, nous en avons.

 

—Et ça vous gène pas pour marcher?

 

  Et clac! on raccrochait!

 

 

 

  Au tour du boulanger:

 

—Bonjour, avez-vous du pain rassis?

 

—Oui, on en a.

 

—Fallait le vendre avant! Bien fait pour votre gueule!

 

  Et clac! de nouveau on raccrochait vite...

 

  Je ne me souviens pas des autres commerçants qui ont été appelés, mais le René Procnard avait beaucoup plus d'expérience que nous dans ce domaine. Ce citadin nous faisait passer pour des amateurs de la campagne! Façon de parler...

  Il parait que les commerçants sacraient après ces voyous, ces blousons noirs (c'était l'expression consacrée pour les mauvais garçons) qui ne savaient pas quoi faire pour s'occuper!

  Tout cela a fini par arriver aux oreilles des "grands" sans qu'on en sache trop rien ni comment. Pensez-vous, un petit village comme celui-là où le moindre pet devait s'entendre dans chaque demeure! De toutes manières, avoir su qu'on savait ne nous aurait pas trop ému! Nous étions, de toutes façons, vraiment naïfs de croire qu'on ne ferait pas la relation avec cette bande de jeunes apparus tout d'un coup dans ce paisible village!

 

   Je me demande aussi, entre autres choses, si ce n'est pas à Séderon, où nous avions assisté à la messe (?), que nous avons connu ce curé qui, durant son sermon, pointait son doigt vers les fidèles comme une arme divine en tonnant de la voix afin que ses propos imprègnent leurs esprits plus durablement. Qui se souvient de ce passage dans notre épopée baratonne? Peut-être était-ce avec Bulle et Daniel Teyssier?

 

 

 

 



07/07/2016
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