Vivre dans le passé

  La vie, c'est toujours une question de temps. Pas de celui qui nous apporte le soleil ou la pluie, mais bien de celui qui nous file entre les doigts et dont on s'exclame : " Merde! j'ai pas vu le temps passer!" ou bien "Nooooon! pas déjà 50 ans???". Alors, pendant qu'il m'en reste encore un peu, je voudrais vous faire partager mes sentiments, et aussi mes impressions, sur cette notion de temps. 

  Prenons un exemple. Je me concocte une vodka-sirop grenadine-angustura-jus de citron-vichy célestins-glaçons, que je commence à déguster. Au bout d'un certain temps (ah!ah!..), ma vodka est bue et elle n'existe plus! C'est irréversible! Ce que les plus savants que moi ont exprimé en disant que tout évènement accompli, ne serait-ce qu'en une fraction de seconde, appartient définitivement au passé et ne peut être reproduit. Et qu'il est totalement hors de notre portée! Entendons par là qu'il est impossible de retourner dans le passé.

  Impossible? Pas tout à fait. Il y a une façon pour nous de retourner dans le passé, non pas physiquement, mais mentalement par l'intermédiaire de nos souvenirs que notre cerveau conserve, plus ou moins bien d'ailleurs, nous permettant ainsi de naviguer dans la suite d'évènements qui ont construit notre vie.

  Vous vous demandez sans doute: mais pourquoi le Victor se lance-t-il dans ces élucubrations sur le temps? Tout simplement parce que son épouse bien aimée, Josiane de son prénom, lui disait il y a quelques jours, en discutant tranquillement pendant notre repas du soir, qu'il vivait dans le passé.

   Dans la vie, il y a des situations, des mots entendus, des odeurs, qui nous marquent sans qu'on sache trop pourquoi, et qui sont comme des marques au fer rouge appliquées sur les fesses des bestiaux: elles sont là pour rester.

   J'ai donc réfléchi à cette réflexion pour conclure que oui, effectivement, je vivais dans le passé, mais en partie seulement.

   Mais quel passé?

  Celui que, tous, nous avons en commun. Pas les évènements particuliers à chacun, mais la période qui marque tout être humain, je veux dire la période de sa jeunesse qui, soit dit en passant, conditionne une grande partie de notre vie. Et durant cette période se situe notre passage à Baratier. Ce n'est pas la seule bonne chose qui nous soit arrivée, mais elle a été suffisamment importante pour justifier nos retrouvailles et ce blog sur la colo grâce aux Anciens de Baratier.

   Notre savant de service, Einstein, s'il était encore là, nous aurait certainement trouvé une explication du genre : vivre dans le passé n'empêche pas le temps de s'écouler, mais sa vitesse d'écoulement ne peut dépasser la vitesse de la pensée! Bon, passons...

  Ce qui m'amène à me demander pour quelle raison faut-il attendre d'avoir un certain âge pour avoir la nostalgie du temps passé? Ce qui ne veut pas nécessairement dire vivre dans le passé, mais y penser avec des petites pointes de regrets, sachant que ces moments qui nous ont marqué sont passés et bien passés. En fait la raison me semble simple: plus on avance en âge, moins il nous reste de futur! Et puis un tas de choses changent! Nous n'avons plus les mêmes besoins, les mêmes exigences et nous sommes souvent satisfaits par des petits détails que, vingt ou trente ans plus tôt, nous aurions superbement ignorés.

  Remarquez que plusieurs vivent leur présent et le vivent bien. Et je suis heureux pour eux. Mon présent à moi est un peu difficile et constitue une des raisons probables pour laquelle je vis plus dans le passé. Bon, ne pleurons pas...

  Comme je le disais plus haut, pour ce qui est du passé, nous avons Baratier en commun. Mais chacun a aussi d'autres périodes importantes qui ont marqué leur vie: le collège, l'armée, et plus tard le milieu de travail. Il est tout à fait naturel, dirait le psychologue de service, de nous replonger mentalement dans ces périodes qui nous ont laissé des souvenirs impérissables. Sans nécessairement vivre dans le passé, nous avons beaucoup de plaisir à nous remémorer ces moments, qu'on soit seul ou ensemble d'ailleurs, mais c'est mieux quand on peut partager.

  Il me faut à présent vous quitter, anciens de Baratier, car j'en suis rendu à ma troisième vodka-sirop de grenadine-etc. et je me rends compte que je dois prêter plus d'attention à ce que je raconte. Pour l'orthographe aussi, mais ça va encore de ce côté-là.

 

  Il me faut mettre une conclusion, c'est ce qu'on m'a appris au collège.

 

  J'ai toujours été un grand amateur de science-fiction, genre Isaac Azimov, où le passé et le futur pouvaient être accessibles, où on parle de psycho-histoire et d'autres notions totalement inconnues à notre époque, issues de l'imagination d'un écrivain physicien (quand même!). La réalité est tout autre, mais ces "élucubrations" (pas si élucubratées que ça finalement) nous permettent de rêver et de nous promener dans ces univers étranges où tout est possible. Passé, présent et futur sont emmêlés comme des fils barbelés. Inextricables.

 

  Boucherville, le 11 octobre 2016.

  Durant l'été indien.

   

   

 

  

 

 



12/10/2016
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