Espèces en voie d'extinction

  Depuis plusieurs dizaines d'années, les scientifiques nous mettent en garde contre le pillage des ressources de notre belle planète, en particulier l'exploitation débridée des mers et des océans, et celle, non moins débridée, des animaux, exotiques ou non. Chaque année parait donc une liste des espèces menacées de disparition par la bêtise et l'appât du gain qui caractérisent notre humaine condition.

   Au sein de l'espèce homo sapiens sapiens, il y a cependant une catégorie d'individus qui disparaissent petit à petit, sans faire beaucoup de bruit, s'éteignant silencieusement comme se sont éteints les maréchal-ferrant, les charbonniers ou les grainetiers d'antan.

   Ils n'ont plus de raison d'être tels qu'on les a connus, le virage a été trop sec et les a balancés en dehors de la voie.

   Vous y avez pensé vous aussi sans doute! 

  Eh oui! ce sont les colons, les moniteurs et le personnel de nos colonies de vacances qui portaient bien leur nom jusque dans les années 70. Plus le temps passe et moins il en reste pour témoigner de cette fabuleuse époque qui nous a tant marqués et qui a influencé une grande partie de notre vie.

   Nous ne sommes pas les seuls, loin de là, et d'autres espèces ont subi ou sont en train de subir le même sort.

  Prenons les dessinateurs par exemple.

  Il y a 30 ou 40 ans ils étaient une armée dans les bureaux d'ingénieurs-conseils, attelés à leur grandes tables inclinées, assis sur des tabourets et maniant le crayon et la règle comme s'il suivaient les figures d'un ballet! Hélas! L'informatique est passée par là...

   Nous trouvons tous, pourtant, que notre espèce était non seulement bonne, mais qu'elle était rendue à un niveau élevé dans la façon de diriger, un peu comme un berger avec ses moutons (je ne peux pas croire que je mette ce genre de cliché, mais c'est ce qu'il m'est venu à l'esprit!). A leur manière, les colons aussi n'étaient pas trop pénibles et respectaient encore l'autorité que nous représentions.

  L'ensemble s'est peu à peu dégradé (j'en ai touché un mot je ne sais plus où sur le blog), les indiens sont devenus des chefs qui ont remplacé les anciens chefs et les nouveaux  chefs ne voulaient plus travailler pour que dalle! Tout ça est parti en vrille, à la manière d'un biplan qui finit par devenir incontrôlable parce qu'on le sollicite trop. Et les colonies sont ce qu'elles sont devenues aujourd'hui: des petites PME où on fait du huit à cinq (ou à six) et où on parle de rentabilité...

  Je n'ai pas trouvé, dans les témoignages des jeunes des années 2000, témoignages qui sont facilement accessibles sur internet, l'enthousiasme délirant, le désir irrésistible, la foi inébranlable qu'on manifestait à l'époque vis-à-vis les colonies de vacances et qui ne nous ont pas vraiment quittés. Oui, ils sont contents. Oui ils ont connu une ou deux nanas, ils se sont amusés avec leur téléphone intelligent. Mais aucune étincelle ne jaillit de leurs propos. C'est fade. Et ça a coûté un max aux parents!

  Alors je le répète, notre espèce (bellissima!) est en voie d'extinction. Hélas nous ne nous reproduirons pas puisque, conformément à la loi sur les espèces, nous n'aurons plus de raison d'être. Une nouvelle espèce, qui nous ressemble mais qui n'est pas comme nous,  nous remplace. Un peu comme la morue. Les anciens stocks étaient bons mais se faisaient de plus en plus rares, et les nouveaux stocks sont contaminés par les métaux et les déchets de plastique.

   Vous serez tous d'accord pour dire avec moi que nous n'avons pas démérité dans la représentation de notre espèce qui était tout de même assez répandue. Il suffit de voir les sites similaires au nôtre pour comprendre que nous étions dans la norme de l'époque, ce que plus tard nous définirons comme un certain "bonheur". Dans quelques années, nous aurons tous disparus et on classera notre activité estivale d'alors dans la rubrique des "métiers d'autrefois". Des photos montreront des colons avec leurs moniteurs, grimés pour un grand jeu ou gravissant une montagne. D'autres illustreront les veillées au cours desquelles se racontaient toutes sortes d'histoires et où les colons se transformaient en acteurs d'un soir. Et on s'exclamera : "T'as vu ça? Ils n'avaient pas grand chose à ce moment-là! " Ce en quoi ils auront tort, car nous avions ce qui leur manque aujourd'hui. La vie simple et l'amitié. Ce qu'on peut résumer par : nous avions presque tout! Sauf qu'on ne le savait pas toujours.

  Après ce constat que même Darwin aurait approuvé et qui finit sur une note légèrement positive, et avant que le soleil et les étoiles ne disparaissent à jamais de notre horizon, je voudrais dire (je signale que je suis à jeun) à tous les anciens de Baratier que j'ai retrouvés sur ma route ou sur leur chemin, à ceux que je ne reverrai pas, à ceux que je reverrai peut-être, que j'ai été heureux de les connaitre et de partager avec eux ces bons moments de notre jeunesse.

 

Écrit en buvant une décoction de Josiane, soi-disant bonne (la décoction, pas Josiane! bande de pervers!) pour éliminer les excès de gras!

A Boucherville, le 12 novembre 2016.

 

  

 

  

 



22/11/2016
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