L'incorporation de Didier

  Voici un petit texte écrit par Didier en 1970, qui relate comment il a été embringué dans l'aventure baratonne.

  Dommage que son stylo ait manqué d'encre un peu trop vite!

 

 

PREMIERS CONTACTS AVEC LA SAGETO D’OR

 

 En 1961, je me trouvais en 1ère au collège Fénelon à Paris, lorsqu’un soir, au cours de l’étude en fin de journée, on nous annonça que deux anciens élèves allaient venir nous parler d’une colonie de vacances dont ils s’occupaient et qui manquait de moniteurs. A l’époque, j’avais 17 ans et aucune envie de m’occuper de jeunes colons car je faisais du scoutisme ; cependant, notre présence était obligatoire.

 Les deux nouveaux venus avaient l’air assez sympathique; celui qui parla était le plus grand des deux, il s’appelait Bertrand Blanche ; l’autre ne dit pas grand-chose, c’était son cousin Hubert de Poucielle. Je ne me souviens pas de ce que Bertrand nous dit, mais cela éveilla ma curiosité et je postulais pour devenir moniteur, «  pour voir « . nous devions nous rendre au cours de la semaine suivante à une réunion pour faire connaissance des «  anciens « .

 Le soir du jour en question, je me rendis, un peu craintif, avec mes camarades, Yves Beguin, Michel Simonot, Jacques Vivien…..chez un nommé Paul Dijoud qui habitait chez ses parents, avenue Henri Martin dans le 16ème arrondissement. L’ambiance même de l’immeuble était curieuse, à la fois cossue et poussiéreuse. On nous fit entrer et Bertrand Blanche nous présenta à une dizaine de jeunes gens assis autour d’une grande table ovale recouverte d’un tapis brun. Ils avaient l’air de très bien s’entendre et étaient fort bruyants. Cela dura un bon quart d’heure dans le brouhaha, puis le maître des lieux, Paul Dijoud, prit la parole d’une voix douce et modulée ; tous se turent comme hypnotisés par cet homme. Il parla longtemps d’éducation, de mission que nous avions à remplir, nous questionna sur ce que nous faisions ; nous répondions avec une certaine timidité, car je dois dire qu’il ne nous mettait pas à l’aise.

 Un nouvel arrivant se présenta, ovationné et un peu chahuté par l’assemblée ; la cinquantaine, massif, une tête de batracien, et que tout le monde appelait « chef Gaston« ; j’en reparlerai plus tard. Paul lui demanda de résumer la grande histoire à épisodes qu’il comptait raconter aux colons au cours de l’été suivant ; c’est ce qu’il fit avec force gestes et trémolos dans la voix et il ne semblait absolument pas s’apercevoir qu’il était parfaitement ridicule. Son résumé était interminable, les réflexions fusaient, les montres s’accumulaient devant lui, rien ne semblait pouvoir l’arrêter, si ce n’est la fatigue, ce qui arriva enfin et toute l’assistance applaudit à tout rompre.

 Le calme revenu, Paul nous convia à une prochaine réunion la semaine suivante en nous donnant à chacun un exposé à préparer, du genre « parallèle entre l’éducation spartiate et celle de Montaigne… » cela devenait sérieux.

 Les vacance arrivèrent après de nombreuses réunions et je dois dire que j’étais assez satisfait de l’ambiance quoique toujours très timide et réservé.

 Début juillet, un groupe de 10 moniteurs parisiens prit le train pour se rendre à Embrun où (d’après ce qu’on leur avait dit) les attendaient les enfants de la colonie de la Sagéto d’Or, d’Avignon. Le voyage se passa très bien, de nuit, et nous arrivâmes au petit jour. Le lac était splendide. On nous attendait à la gare. La colonie se trouvait à quelques kilomètres d’Embrun, dans la vallée de l’Ubaye, à BARATIER. Les enfants n’étaient pas encore arrivés, ils étaient attendus pour 14 heures et nous avions la matinée devant nous. On nous fit visiter cette grande bâtisse, les tentes, les emplacements de jeux (prés) etc…. et en voyant tout cela, je me demandais dans quelle galère je m’étais fourré.

 A 13 heures, nous ne savions toujours pas quel serait l’âge des enfants dont nous nous occuperions. Nous étions deux à vouloir nous occuper de ceux de 10-12 ans et il n’y avait qu’une place, l’un prendrait les tout petits 6-7 ans, les abeilles (à l’époque), ce que je ne voulais absolument pas, l’autre, Patrick Estève non plus. Nous tirâmes au sort et je perdis . C’est ainsi que sans aucun enthousiasme j’entrais dans ce qui allait devenir la Petite Section. Il faisait très beau et très chaud. Je m’installais donc au dortoir des abeilles, 1er étage droite. Je devais faire équipe avec un lyonnais qui arrivait avec les enfants, et qui lui aurait le dortoir de gauche ; nous devions avoir environ 12 colons à nous deux.

 Je ne savais que penser, avec des gosses si petits, que faire ? comment les occuper ? Une grande panique s’empara de moi et quelque chose se noua dans ma gorge, comme une boule qui grossissait de plus en plus tandis que l’heure approchait. On annonça enfin les cars. Nous nous précipitâmes et une marée de gosses se déversa par les portes des véhicules, piaillant, criant, riant, pleurant, gais ou tristes, selon qu’ils étaient anciens ou nouveaux. Nous les canalisâmes comme nous pouvions pour les faire se rassembler dans le premier pré, au mât aux couleurs. Dans cette multitude de têtes bronzées, je cherchai du regard quels pouvaient être les miens.

 Je ne me souviens pas de leur nom mais ils se trouvèrent bientôt rassemblés autour de moi. Nous nous occupâmes d’abord des bagages, les valises semblaient plus grosses qu’eux. Enfin je me trouvai au dortoir avec mon équipe, seul face à ces visages un peu anxieux qui m’étudiaient et qui étaient sûrement loin de penser que c’était encore moi le plus apeuré. Je n’en laissai rien paraître et montai demander quelques conseils à Jean Destailleur qui faisait fonction d’infirmier avec son épouse.  

 Par la même occasion, je demandai à Yves Béguin qui était au 2ème étage comment cela se passait pour lui.

 La première chose à faire fût de les aider à faire leur lit, ou plutôt à les faire, car ils en étaient bien incapables. Je les envoyai ensuite dans le pré pour s’amuser en attendant l’heure du «  souper ». A cette époque les moniteurs mangeaient réunis autour d’une même table et avaient droit à un plat de plus que les enfants. Heureusement, cela changeât par la suite. Puis ce fût le premier coucher ; le plus délicat consistant à leur donner, dès le premier soir, l’habitude de mettre le pyjama sans slip et enfin à dire la prière ; tout cela se passa sans trop d’encombres.

 

  Didier, on attend la suite!!!...

 

 



12/12/2014
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